Décidément, ça sent les vacances! Je me lève tard, je sirote un café et je lis un thriller dans une berçante... La Dolce Vita, en hommage à Karen qui a quitté aujourd'hui pour l'Italie. Dorénavant, Selina et moi sommes les seuls colocataires.
Je disais donc hier que, suite aux conseils de ma barmaîtresse, je me rendrais sur la 125e avenue. Pensant entrer dans un ghetto noir, de nombreuses surprises m'attendaient. Le Harlem d'aujourd'hui est plutôt hispanophone et on s'y sent en sécurité. Le jour en tout cas, quoique je n'en doute pas pour le soir non plus. Rien à voir avec les films. J'ai donc fait du lèche-vitrine dans de nombreuses boutiques de souliers (quoi?), visité brièvement l'intérieur et l'extérieur du Apollo Theatre - cet espace mythique ayant accueilli des Grands comme Michaël Jackson, Tito Puente, Usher, Gladys Knight et plusieurs autres - et Atmos - la boutique des stars comme Will.i.am. Classique, comme journée.
J'avais également lu qu'il était possible de se rendre chez Marjorie Eliot pour un spectacle Jazz. J'ai bien dit "chez", comme dans chez elle. Dans son appartement. À Harlem. Oui. Je vous résume. Chaque dimanche, Margie reçoit chez elle (je pense l'avoir dit, mais au cas...) une cinquantaine de fans de jazz. Il y a des chaises un peu partout. Des bancs aussi. La vue est souvent obstruée parce que le salon est exigu. Et comme ça, à 16h tapant, elle commence à chatouiller son piano. Plusieurs amis invités l'accompagnent au saxophone, à la trompette, à la flute traversière, à la voix, à la clarinette, alouette. À la pause, on nous offre une barre tendre et du jus. Les voisines s'entraident pour le service et pour ramasser. "Empties! Empties! Are you done with that?"
Marjorie est belle. Elle doit bien avoir plus de 70 ans. Vêtue d'une robe d'été en lin blanc, les cheveux montés et quelques sobres bijoux, elle tape des mains, chante, encourage ses invités, félicite les chanteurs, accueille les amis, sers les convives et remercie les gens d'être venus. Elle ne demande rien en retour. Nous sommes chez elle, un dimanche après-midi. Comme si nous étions chez une grande amie. Elle fait ça en hommage à ses deux fils décédés il y a plusieurs années.
Quand le spectacle commence, la gêne s'empare de nous. On ne veut pas déranger. Puis, au fur et à mesure que ses amis arrivent, qu'ils prennent leur aise, on s'extériorise nous aussi. Mes voisines se lèvent même et vont se chercher une bouteille d'eau dans la cuisine. Parce qu'il fait chaud. Très chaud, au Parlor Jazz.
Je ne peux m'empêcher de sourire ce soir en vous écrivant. J'aimerais bien que ma vie soit aussi simple que celle de Marjorie, ce dimanche après-midi ci. Elle est heureuse. Elle reçoi
t sans se préoccuper de qui est là. Nous sommes à New York, rappelez-vous. La porte est grande ouverte. Son coeur aussi...
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